Journée internationale des victimes de disparition forcée: l’incendie national

« Quand trop de sécheresse brûle les cœurs, quand la faim tord trop d’entrailles, quand on verse trop de larmes, quand on bâillonne trop de rêves, c’est comme quand on ajoute bois sur bois sur un bûcher. A la fin, il suffit d’un bout de bois d’un esclave pour faire dans le ciel de Dieu et dans le cœur des Hommes le plus énorme incendie » écrivait le grand écrivain universaliste Mouloud MAAMERI dans une de ses œuvres, il y a de cela des années.

Mais force est de constater que cela reste d’actualité dans une Algérie désemparée, maltraitée par ceux-là même qui la régentent ! Même si les « bagarres généralisées » au sommet du pouvoir révélées depuis plusieurs mois (et durant cet été chaud) par la panoplie des médias existants montrent la déliquescence et l’immoralité de ceux qui nous gouvernent, il y a lieu de constater que cela n’intéresse que leurs auteurs et leurs supplétifs. Car la vie ordinaire des Algériens ordinaires, les sinistrés pour la survie des leurs, les familles victimes de la tragédie nationale (victimes du terrorisme et les familles de disparus) et leurs combats quotidiens pour la vérité et la justice, leurs souffrances morales et physiques sont reléguées au plus bas des préoccupations des détenteurs du pouvoir absolu dans le pays.

Le peuple est exclu du débat ! De restriction en restriction pour cause de crise économique dont il n’est point responsable, l’écrasante majorité du « bas pays » étouffe. La passerelle qui doit être entretenue entre gouvernants et gouvernés s’est davantage fragilisée et « l’incendie national » risque de prendre à n’importe quel moment et n’importe quel endroit du pays même si l’on sait que le pouvoir maîtrise tout , sauf l’imprévisible! Et cet imprévisible n’est autre que l’ignorance et le mépris affiché envers la majorité des Algériennes et Algériens et sa volonté criminelle à imposer ses solutions suicidaires .

Les indicateurs d’une crise aiguë au sein du système sont là! Les ingrédients d’une guerre ouverte entre décideurs et exécutants sont là également! Les plates-bandes des uns sont piétinées par les autres. A quoi obéit ce mouvement dans l’immobilisme? Qui fait quoi? Qui est qui? Y a-t-il répartition des rôles? Allons-nous vers un changement « scientifique »? Et le peuple Algérien, cette majorité qui fait l’Algérie, aura-t-il son mot à dire pour exprimer son vœu de changement? Au rythme où vont les événements, l’espoir du changement du système est encore reporté à une date ultérieure!

Et les familles des disparus, comme d’ailleurs toutes les victimes du terrorisme et leurs familles, pourraient-elles, un jour espérer faire leur deuil, une fois que la vérité soit connue et que justice soit rendue? Peut-être un jour…

L’histoire, cette impitoyable horloge qui ne s’arrête jamais finira tôt ou tard par rattraper tous les usurpateurs qui par leur démarche belliqueuse préfèrent sauver le régime au lieu de sauver les Algériens, oubliant que la seule richesse authentique d’un pays, ce sont les hommes et les femmes qui sont dessus et non les richesses du sous-sol.

Dr AMOKRANE Lakhdar

Membre du conseil politique