Intervention sur les défenseurs des droits pour la CADHP, 53eme session
Madame la Présidente, Honorables Commissaires, Mesdames et Messieurs,
Le Collectif des Familles de Disparus tient tout d’abord à remercier Madame Reine Alapini Gansou pour la qualité de son rapport, et notamment pour son action en faveur de la mise en place d’un mécanisme spécial relatif aux disparitions forcées au sein de la Commission africaine et que nous appelons de tous nos voeux.
Le CFDA tient ensuite à vous exposer la situation particulièrement inquiétante dans laquelle se trouvent les défenseurs des droits de l'Homme en Algérie. Aujourd’hui, non seulement, ces violations perdurent mais elles s’intensifient de jour en jour.
En effet, les réunions et rassemblements pacifiques organisés par les défenseurs des droits de l'Homme sont systématiquement interdits par les autorités ou volontairement perturbés par les forces de l'ordre. Les militants des droits de l'Homme sont constamment intimidés, harcelés, menacés, voir arrêtés et détenus de manière arbitraire. Syndicalistes, défenseurs des droits de l’Homme et familles de disparus en sont les premières victimes.
Le 10 décembre 2012, journée internationale des droits de l’Homme, les militants de SOS Disparu ont été malmenés et trois personnes ont été arrêtées alors qu’elles tentaient de rejoindre la Commission Nationale des droits de l’Homme pour y tenir leur rassemblement.
Depuis janvier 2013, la contestation sociale augmente dans tout le pays mais en particulier dans le Sud (El-Oued, Ghardaïa, Hassi Messaoud, Laghouat, Ourgla) où les rassemblements encadrés par les membres de la ligue des droits de l’Homme, du SNAPAP ou de la coordination des chômeurs se multiplient. Ces contestations sont immédiatement et systématiquement étouffées par les forces de l’ordre. Celles-ci se déploient et procèdent à des arrestations violentes de manifestants, qui ne réclament parfois qu’un emploi ou un logement. Des poursuites judiciaires sont engagées à leur encontre pour « attroupement illégal », « trouble à l’ordre public », « incitation à attroupement », « insulte à un agent de l’ordre ». Le Réseau d’avocats pour la défense des droits de l’Homme, nouvellement créé n’a pas eu un instant de répit.
Ainsi, trois membre de la Coordination nationale des chômeurs ont été condamnés à des peines de prison ferme et d’autres avec sursis, suite à un rassemblement pacifique devant l’agence nationale de l’emploi. D’autres militants sont appelés à compraitre à la fin du mois d’avril devant le tribunal d’Alger.
Iskander Debbache, exilé depuis 20 ans d’un pays à l’autre pour son engagement sur les droits de l’Homme a décidé de rentrer au pays. Il a été arrêté par la police des frontières à son arrivée à l’aéroport d’Alger le 9 janvier 2013 et livré, les yeux bandés, aux services du renseignement et de la sécurité (DRS). Détenu dans un endroit secret, il a été libéré le samedi 12 janvier.
Le 8 mars 2013, SOS Disparu appelait à un rassemblement pacifique pour commémorer la journée internationale pour le droit des femmes. Les militants venus soutenir leur action tels que l’association RAJ, Rassemblement Action Jeunesse, Amnistie Internationale ainsi que les membres de SOS Disparus dont une personne âgée de 85 ans ont été interpellés par les forces de l’ordre et ont passé la journée au commissariat de police.
Début mars 2013, une rencontre/échanges inter-culturelles entre féministes algériennes et européennes, n’a pu se tenir car le visa a été refusé à toutes les personnes devant se déplacer en Algérie.
Nous tenons à rappeler que les défenseurs des droits de l’Homme ne sont pas les ennemis de l’état mais qu’ils souhaitent tout simplement pouvoir participer à l’émancipation de la société algérienne et au développement et la démocratisation du pays. Nous exhortons le gouvernement algérien de cesser tout harcèlement à l’encontre des défenseurs et de mettre en place des mécanismes de protection de ces derniers.
Nous rappelons également que l’Algérie est signataires de traités internationaux et régionaux et nous demandons à l’Algérie de respecter ses engagements signés et ratifiés.
Mesdames et Messieurs les Commissaires, je vous remercie de votre attention.

